Dans une interview sur RMC donnée à l'occasion de la sortie de son essai Le Crépuscule des Petits Dieux, Alain Minc utilisait la comparaison entre Henry Ford et Bill Gates, pour démontrer que les élites n'avaient aujourd'hui plus de véritable mission, et avaient renoncé à changer le monde. A ce titre, l'action du patron de Microsoft dans l'humanitaire serait, selon Alain Minc, révélatrice de l'impuissance des élites, et de leur incapacité à agir sur le cours des choses. Au contraire, on peut être frappé par la dimension messianique des figures emblématiques de la nouvelle économie. En 1975, Bill Gates lui même fonde son entreprise sur une vision : un ordinateur dans chaque foyer et dans chaque maison. Quant à Sergey Brin et Larry Page, ils ont défini une mission plus qu'ambitieuse pour Google (dont la devise est "don't be evil" ...): organiser l'information à l'échelle mondiale et la rendre universellement accessible et utile. Pour finir, Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia ( appelé aussi "god-king" par les Wikipedians), s'est attelé à une entreprise pharaonique : construire une enyclopédie libre, gratuite et multilingue, pour favoriser l'accès à la connaissance. Ainsi, les nouvelles technologies sont porteuses d'une nouvelle forme d'utopie, qui n'a certainement échappé à l'auteur visionnaire de L'informatisation de la sociéte (1978). Si les acteurs de la nouvelle économie se sentent investis d'une mission, il est certain que leur entreprise de démocratisation déstabilisent les élites.
Commentaires