A l’époque des Romains, les citoyens pouvaient se réunir sur la place publique pour marchander, traiter d’affaires politiques ou économiques. Il s’agissait des forums.
Avant eux, durant la Grèce Antique, l’agora désignait le lieu de rassemblement, le marché, véritable centre de la vie sociale.
Petit à petit, internet couvre un spectre de plus en plus large sur notre vie, aussi bien notre sphère privée que notre sphère professionnelle. Espace de liberté ouvert à tout à chacun, internet peut être considéré comme une place publique, un espace public. En ce lieu coexistent un endroit gouverné par la raison, une publicité (au sens large de diffusion d’informations sur un média) critique et une publicité au service d’intérêts privés.
Les réseaux sociaux peuvent être les instruments de ces publicités et cristallisent à eux seuls la porosité des différentes sphères. Récemment, Tesco licenciait un de ses employés car, étant en maladie, celui-ci déclarait sur son profil Facebook avoir passé une super soirée. Dans le même temps, 13 membres du personnel de Virgin Atlantic étaient remerciés pour avoir discrédité la marque via le réseau social. Les exemples se multiplient et chacun doit mesurer la portée de ses propos tant leur diffusion dépasse leur cadre originel.
Si, au sein d’une conjoncture profondément marquée par la crise, les réseaux sociaux peuvent servir à indiquer les principaux licenciements, ils peuvent également aider les inactifs. L’espace public va alors être occupé par du personnal branding. Au-delà du fait de se construire une image et un positionnement, pourquoi ne pas faire soi même sa propre pub ? Un étudiant diplômé mais sans emploi a récemment su tirer parti de ces outils communautaires pour venir sur le devant de la scène médiatique. Son action consistait à se vendre en tant que produit (l’exercice est très souvent utilisé lors des recrutements en école, peut être un traumatisme ?). Mais il ne l’a pas fait sur Facebook ou autre réseau professionnel mais sur le site de vente aux enchères eBay. Se vendre soi même en tant que marchandise, il fallait oser, belle provocation ! Dans cette même logique de se mettre à disposition d’une audience, il s’est ensuite rendu directement à ce haut lieu symbolique qu’est le quartier de La Défense pour distribuer son CV aux personnes « influenceurs ». Alors que l’on en reparle de plus en plus pour la vente de journaux dans le métro parisien, voilà de quoi remettre au goût du jour la vente à la criée !
Toutefois, rapidement, on peut se poser des questions sur l’opération. Certes la personne a réussi à faire parler d’elle (et à débloquer sa situation ; l’opportuniste Martin Hirsch lui ayant soumis, non pas un CDI, mais un CDD de quatre mois que l’étudiant a accepté). Au-delà du buzz, dommage que la mise en ligne de son CV n’ait pas fait l’objet de plus d’attention et manque de professionnalisme (un comble pour un chercheur d’emploi). Aussi, même si le geste fait preuve d’une ironie certaine et d’un goût pour la dérision, il en ressort tout de même une dévalorisation de soi. Le spectre du site allemand jobdumping.de (le site permettait aux entreprises de mettre en ligne leurs offres avec un salaire maximum et les chômeurs enchérissaient par l’inverse) refait surface. La proposition d’embauche se voit déshumanisée et il en ressort un nivellement par le bas, presque de la prostitution intellectuelle. L’action est en tout cas symptomatique d’une situation de crise financière où les licenciements se multiplient plus vite que les pains et où chacun essaie de diviser la mer du travail en deux pour s’y faire un chemin.
Ainsi cet étudiant mérite-t-il une statue aux monuments des héros éponymes issus de la nouvelle agora électronique ou n’est-il finalement qu’un capeloï moderne vendant ses services au plus offrant sur le marché ?
ola
très chouette blog!
merci pour le lien vers cette orifique carte!
a+
Rédigé par: ndaref | 05 mars 2009 à 08:56
Je préfère : "N'AIT pas fait l'objet" dans "dommage que la mise en ligne de son CV n’est pas fait l’objet de plus d’attention et manque de professionnalisme". Je me trompe?
Rédigé par: julien | 06 mars 2009 à 17:36
Merci :)
Rédigé par: raphael | 10 juin 2009 à 11:42