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12 octobre 2009

Commentaires

André Darmon

Google ! Attention : danger ! C’est quand même étonnant.

Voilà un seul opérateur qui contrôle, en France, près de 60 % du trafic Internet. C’est-à-dire que d’un seul clic il peut couper 60 % de l’audimat de n’importe quel média.

Voilà un opérateur qui classe les sites en fonction de critères connus de lui seul, et dont on a tout lieu de penser qu’ils ne sont pas sans relation avec les recettes publicitaires que lui versent les médias en question.

Voilà un opérateur qui prend des images satellites du monde entier, et des photos des rues et des façades, et les expose et les triture avec de grands détails sans aucun droit ni contrôle.

Voilà la première entreprise qui a fait mouvement contre la neutralité du net, c’est-à-dire contre le principe jusqu’ici sacré qu’Internet devait servir tous les utilisateurs et tous les contenus à égalité, alors que Google imaginait d’y ajouter des réseaux privés à très haut débit.

Voilà un opérateur qui possède des millions de compte mails, des millions d’agendas, des annuaires entiers et qui n’a jamais caché faire profession de produire et d’exploiter des données sur le compte de ses utilisateurs.

Voilà une entreprise qui, aux Etats-Unis, s’est arrogé le quasi monopole des livres numériques dans l’indifférence générale.

Voilà un opérateur qui est en train de ratisser les marchés de la pub : quasi monopole sur l’affichage des mots clés, il remonte aujourd’hui tranquillement la chaîne de valeur vers la communication et écrase toutes les agences sur son passage.

Voilà un opérateur qui n’hésite pas à montrer les muscles ou les crocs. Il a décidé, il y a 18 mois, dans l’indifférence générale, d’éliminer de Google news les reprises de dépêches d’agences, c’est-à-dire de privilégier les infos de ses clients -les agences - au détriment de celle des médias.

Voilà un géant qui a unilatéralement décidé, il y a quelques semaines, de reprendre à son compte les publicités sur Googlenews, privant ainsi les médias en ligne de nouvelles recettes. Tout ceci dans le plus grand silence.

Voilà quelqu’un qui contrôle littéralement et extensivement le web et ne cache pas aujourd’hui son appétit pour le hors ligne ni pour le téléphone mobile. Et nul ne semble s’en soucier sauf peut-être l’administration Obama qui vient pourtant de lui faire don de 40 milliards de $ à travers le plan de relance et qui lui doit beaucoup. Voilà un super géant qui veut aussi restructurer le marché mondial de l’énergie à travers le smart grid, et qui veut structurer celui des données de santé à travers le prisme de son intérêt.
Nos élites ne comprennent rien aux technologies. Elles ignorent qu’il y a de l’intelligence, du pouvoir et de la politique dans les technologies. Elles ne regardent que leurs jeux courtisans et ne s’intéressent pas à Google. Elles sont d’un autre âge. Nos concitoyens viennent s’accommodent de 30 ans de libéralisme. Ils pensent que le succès récompense toujours le meilleur et qu’on n’arrête pas le progrès. Ils utilisent aussi, il faut le reconnaître, les prodigieux services de Google. En plus nos rebelles patentés, dans leur grande majorité, détestent Microsoft, ses codes sources pourris et opaques, sa position dominante (de plus en plus contestée), ses bénéfices déments. Quant au gouvernement, il a trop à faire à pourchasser les "pirates" du net pour s’occuper de Gengis Khan...

Alors tout le monde se tait, et Google se prépare une copie du monde sur son disque dur.

Du monde ? Non, simplement de l’ensemble du web, et des livres, et des médias, et des données personnelles sur les individus, de l’infrastructure énergétique, du réseau téléphonique et des données génétiques de toute la planète. Je ne suis pas un rebelle cannibale. Vérifiez-le auprès de Marie-Laure Sauty de Chalon, Guillaume Multrier, Arnaud Mitre et tous mes potes d’Havas Advertising. Google c’est géant dans toutes les acceptions du terme. Mais est-ce que ce n’est pas « trop », les guillemets sont évidemment de rigueur…

La bise tranquille à toute l’équipe d’Isobar.

André

ndaref

ola!
mince, ces billets sont tjs aussi bons. je t'encourages à envoyer ton CV à la rédaction...

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