Alors que l’équipe de France de foot s’est assurée de passer par les barrages, que le Tokyo Game Show a fermé ses portes (un peu avant le salon E-commerce 2009), que Free a fait son show à Bercy, que le CEATEC nous montre l’expérience des TV 3D, que la Fashion Week Paris innove (après l’utilisation de Twitter pour la FashionTweek de New York, c’est au tour de Facebook d’accueillir la retransmission en direct du show de Louis Vuitton), l’activité de ce blog reprend.
Pour ce retour, nous ne parlerons pas cette semaine de Ségolène Royal et de son site Désir D'avenir. Baudelaire disait que « le beau est toujours bizarre », mais peut il être ringard ? Certes le site était lisible, simple et ergonomique. Mais il semblait tout droit sorti d’un autre temps. Il y un trop grand décalage entre les sites actuels et celui-ci. Peut être même au point de concourir pour devenir le pire site web mondial. L’image même du site n’est finalement qu’un fond d’écran Vista, sorte d’adaptation microsoftienne de la loi de Godwin. Les internautes se sont rapidement emparés du phénomène et les parodies n’ont pas tardées (ce générateur à découvrir ou encore cette vidéo [loi Godwin vous dites ?] ). Face à un tel lynchage médiatique, un nouveau site a été mis en ligne, beaucoup plus « classique » dans sa forme (et la concurrence est rude face au site de Carla Bruni Sarkozy, autre femme autre buzz). Une telle disruption n’a pu être que volontaire. Peut être les créateurs du site ont-ils voulu orchestrer un simple buzz afin de montrer l’influence des internautes dans une démarche participative ? Ou simplement ont-ils été victime du paradoxe d’Abilene (de crainte de se contredire ou d'offenser, les membres d'un groupe acquiescent une décision non voulue par ceux-ci)?
Cette semaine, nous ne parlerons pas non plus de Google. En voilà un qui, en termes d’ergonomie, n’a que peu évolué ces dernières années. Un fond blanc, un logo, un champ de recherche… Mais depuis peu, Dieu a trahi ses évangiles. L’omniscience dont il fait preuve servirait elle un but purement commercial ??? Jusque là, Google revendiquait vouloir aider les internautes, penser à leur bien être au pays des bisounours. Après avoir refusé pendant dix années d’accueillir de la publicité sur sa page d’accueil mais en faisant tout de même la promotion de ses outils (navigateur Chrome en homepage), un lien pour la promotion du HTC Magic (fonctionnant sous Android) est apparu. En deux clics, l’internaute se retrouve alors directement sur le site SFR. Bravo SFR ! Imaginez dans la bible une page de publicité ventant les évangiles ! Mais non content de prendre soin des internautes, Google multiplie aussi les initiatives pour la presse. Google fast flip est un service permettant par le biais de vignette de voir le contenu d’articles. Plus visuel que Google News ou Google Timelab, l’outil n’apporte finalement que peu d’innovation (les agrégateurs visuels existent déjà) si ce n’est être distribué par Google lui-même et ainsi disposer d’un pouvoir de diffusion phénoménal. Les éditeurs de contenus peuvent toutefois se sentir « dépouillés » d’une partie de leur audience initiale ou potentielle. En réponse, Google leur propose Google Checkout (déjà lancé aux Etats Unis en 2006 et en Angelterre en 2007), un service de micro paiement pouvant potentiellement permettre l’achat d’articles. Le projet aurait déjà été présenté à l’association des journaux américains (Newspaper Association of America). Ce service s’inscrit dans la logique initiée par le groupe News Corp de rendre les sites d’information payants. Pourtant, Google a toujours entretenu des relations ambivalentes avec la presse. D’un coté, les éditeurs reprochent au moteur de recherche d’agréger leurs contenus et d’en tirer profit. De l’autre, Google assure la visibilité de ces sites et une ligne de code suffit pour ne plus y apparaître. Google chercherait-il à se positionner sur un marché de niche ou simplement à faire bonne figure ? La firme de Montain View croit elle réellement à ce modèle payant ?
Google ! Attention : danger ! C’est quand même étonnant.
Voilà un seul opérateur qui contrôle, en France, près de 60 % du trafic Internet. C’est-à-dire que d’un seul clic il peut couper 60 % de l’audimat de n’importe quel média.
Voilà un opérateur qui classe les sites en fonction de critères connus de lui seul, et dont on a tout lieu de penser qu’ils ne sont pas sans relation avec les recettes publicitaires que lui versent les médias en question.
Voilà un opérateur qui prend des images satellites du monde entier, et des photos des rues et des façades, et les expose et les triture avec de grands détails sans aucun droit ni contrôle.
Voilà la première entreprise qui a fait mouvement contre la neutralité du net, c’est-à-dire contre le principe jusqu’ici sacré qu’Internet devait servir tous les utilisateurs et tous les contenus à égalité, alors que Google imaginait d’y ajouter des réseaux privés à très haut débit.
Voilà un opérateur qui possède des millions de compte mails, des millions d’agendas, des annuaires entiers et qui n’a jamais caché faire profession de produire et d’exploiter des données sur le compte de ses utilisateurs.
Voilà une entreprise qui, aux Etats-Unis, s’est arrogé le quasi monopole des livres numériques dans l’indifférence générale.
Voilà un opérateur qui est en train de ratisser les marchés de la pub : quasi monopole sur l’affichage des mots clés, il remonte aujourd’hui tranquillement la chaîne de valeur vers la communication et écrase toutes les agences sur son passage.
Voilà un opérateur qui n’hésite pas à montrer les muscles ou les crocs. Il a décidé, il y a 18 mois, dans l’indifférence générale, d’éliminer de Google news les reprises de dépêches d’agences, c’est-à-dire de privilégier les infos de ses clients -les agences - au détriment de celle des médias.
Voilà un géant qui a unilatéralement décidé, il y a quelques semaines, de reprendre à son compte les publicités sur Googlenews, privant ainsi les médias en ligne de nouvelles recettes. Tout ceci dans le plus grand silence.
Voilà quelqu’un qui contrôle littéralement et extensivement le web et ne cache pas aujourd’hui son appétit pour le hors ligne ni pour le téléphone mobile. Et nul ne semble s’en soucier sauf peut-être l’administration Obama qui vient pourtant de lui faire don de 40 milliards de $ à travers le plan de relance et qui lui doit beaucoup. Voilà un super géant qui veut aussi restructurer le marché mondial de l’énergie à travers le smart grid, et qui veut structurer celui des données de santé à travers le prisme de son intérêt.
Nos élites ne comprennent rien aux technologies. Elles ignorent qu’il y a de l’intelligence, du pouvoir et de la politique dans les technologies. Elles ne regardent que leurs jeux courtisans et ne s’intéressent pas à Google. Elles sont d’un autre âge. Nos concitoyens viennent s’accommodent de 30 ans de libéralisme. Ils pensent que le succès récompense toujours le meilleur et qu’on n’arrête pas le progrès. Ils utilisent aussi, il faut le reconnaître, les prodigieux services de Google. En plus nos rebelles patentés, dans leur grande majorité, détestent Microsoft, ses codes sources pourris et opaques, sa position dominante (de plus en plus contestée), ses bénéfices déments. Quant au gouvernement, il a trop à faire à pourchasser les "pirates" du net pour s’occuper de Gengis Khan...
Alors tout le monde se tait, et Google se prépare une copie du monde sur son disque dur.
Du monde ? Non, simplement de l’ensemble du web, et des livres, et des médias, et des données personnelles sur les individus, de l’infrastructure énergétique, du réseau téléphonique et des données génétiques de toute la planète. Je ne suis pas un rebelle cannibale. Vérifiez-le auprès de Marie-Laure Sauty de Chalon, Guillaume Multrier, Arnaud Mitre et tous mes potes d’Havas Advertising. Google c’est géant dans toutes les acceptions du terme. Mais est-ce que ce n’est pas « trop », les guillemets sont évidemment de rigueur…
La bise tranquille à toute l’équipe d’Isobar.
André
Rédigé par: André Darmon | 15 octobre 2009 à 15:36
ola!
mince, ces billets sont tjs aussi bons. je t'encourages à envoyer ton CV à la rédaction...
Rédigé par: ndaref | 18 octobre 2009 à 11:29